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Au commencement était un sculpteur classique, travaillant sur des motifs antiques ou religieux, avec déjà, tout de même, un renoncement à la ligne claire des volumes, ayant déjà un goût prononcé pour les scories, les éclats émaillés, les pointes de matières supplémentaires. Les silhouettes comme explosées de l'intérieur, poussées vers l'extérieur par un excès de matière (pulsion). Cette remarque n'est pas sans intérêt dans l'abord de la naissance des trous (buchi) .

Si les sculptures figuratives sont éclatées et portent des excès de matière, les premières "toiles", considérées comme des sculptures elles aussi, sont à l'inverse, percées et ouvertes. C'est ici le grand apport de Lucio Fontana : la pulsionalité est passée du côté du spectateur et de son regard. L'ouverture de la toile est un geste de spectateur s'emparant du tableau, plus qu'un geste de peintre voire de sculpteur. Ces oeuvres appartenant à la série des buchi (trous) ont alors le titre de concetto spaziale permettant de ne pas trancher entre peinture et sculpture. 

Ainsi, le maître de l'Informel, avec la série des "trous" sur la toile, et ensuite avec les célèbres "fentes" (tagli), a radicalement innové le concept de l'Art. Ces cycles correspondent à la nécessité de trouver un nouvel espace qui va "au-delà" de la toile sans nier la peinture, ouvrant l'espace de la peinture comme si c'était une fenêtre sur le réel : ici l'effet n'est pas obtenu avec la fiction, mais mis en pratique avec une véritable entaille, comme un judas sur le monde.